Mais peu à
peu, grâce à ses exceptionnelles facultés d’adaptation, il
commença à bâtir des huttes et des cabanes. Il apprit à
semer, à planter et à tisser. Puis découvrant le feu, le fer
et d’autres richesses de la Terre, notre brave Patriarche
doté d’un courage et d’une intelligence extraordinaires,
mécanisa, modernisa et améliora progressivement ses moyens
de production. C’est ainsi que par une lente mais
prodigieuse évolution, allant de la houe à la charrue, au
tracteur et aux machines les plus sophistiquées, à présent
il pouvait en une heure de travail facile, réaliser ce qui
auparavant nécessitait des journées sinon des mois de
travaux pénibles. De plus, par son esprit d’observation, par
ses immenses progrès technologiques et par ses recherches
incessantes, il avait pu mettre un terme aux famines, aux
épidémies et autres fléaux qui jusque là avaient décimé sa
progéniture. Et il était très fier d’avoir peu à peu
transformer la Nature, pour la mettre quasiment au service
de sa famille, dont les enfants de plus en plus nombreux,
vivaient de plus en plus longtemps.
Mais, ô paradoxe,
c’était
justement de tous ces immenses progrès, de toutes ces
immenses richesses, que venaient tous les malheurs de notre
vieux Patriarche. Car en effet, avec les moyens de
production ultra modernes qu’il avait créé, le travail d’une
partie seulement de ses enfants suffisait à nourrir toute la
famille, pourtant nombreuse. Alors ses autres enfants,
inoccupés s’ennuyaient : certains avaient mauvaises
conscience de cette oisiveté, mais d’autres s’en
accommodaient fort bien. D’autant que notre vieil Homme
faisait tout pour subvenir à leurs besoins. C’est ainsi
que, lorsque la moisson était faite, il leur donnait un
pécule pour qu’ils puissent vivre décemment. Et comme
c’était la période où les champs étaient en chaumes, on
appela cela le « chaumage ». Terme dont l’orthographe, on le
sait, a évolué avec le temps.
Malheureusement cette mesure,
qui
pourtant partait d’un bon sentiment, était loin d’arranger
toutes les choses et d’avoir les vertus du travail et de
l’activité. Car à cette époque là déjà, l’oisiveté était la
mère de tous les vices et tous les enfants « chaumeurs »
perdaient progressivement le goût de l’effort et aussi tout
sens moral. C’est ainsi, que les plus forts se tournaient
vers la violence, le vol ou la délinquance, tandis que les
plus faibles se noyaient dans les illusoires paradis
psychédéliques de la drogue et des sectes.
Alors, désolé, ulcéré et désemparé, notre brave Patriarche
ne sachant que faire implorait le Ciel ! Que n’avaient-ils
tant travaillé, lui et ses aïeux , que n’avaient-ils tant
développé de richesses matérielles, pour n’aboutir en fin de
compte qu’à cet état de déréliction, qu’à cette désespérance
généralisée et qu’à ce chaumage pernicieux. Que
n’avaient-ils pris le temps de comprendre que : « Comme la
Terre qui s’inscrit dans le Ciel, il ne peut y avoir de
bonheur pour l’humanité, que si le Matériel s’inscrit dans
le Spirituel ! »
Et
pendant ce temps là…..
Dans le « TRISMOND », du SUD, un autre vieux
Patriarche avait également, mais pour des raisons totalement
opposées, de graves problèmes.
Ayant lui aussi travaillé toute sa vie, sans relâche mais
malheureusement sans résultats, son courage et sa volonté
s’étaient émoussés au contact de terres pauvres et arides.
Et il se désolait de n’avoir jamais pu subvenir aux besoins
vitaux de sa famille et de voir ses enfants squelettiques
mourir, autant d’inanition que d’inaction.
Une Nature inhumaine, où alternaient des périodes
d’inondation et de sécheresse désertifiante, rendait toute
culture impossible. Nomades par la force des choses, ils
erraient lui et les siens, à la recherche d’une
problématique végétation. Parfois, ils parvenaient à
cultiver quelques maigres céréales, qui avec la pêche et la
chasse leur permettaient de subsister. Et plus tard, quand
par quelques progrès, il avait pu développer ses ‘cultures
vivrières’ pour mieux nourrir ses enfants, notre pauvre
Patriarche fût obligé de vendre ces produits à des Pays
riches qui lui achetaient, café, coton, riz, sucre etc…. à
des prix dérisoires. Alors que sa famille était dans une
misère qui perdurait depuis des siècles.
Mais, à l’opposé de son frère du RICHMOND, notre vieux
Patriarche du TRISTMOND, pour si désolé qu’il fût,
n’implorait pas DIEU ; Au contraire il le louait et le
priait. En effet, devenus fatalistes par tant de tristesse
et de misère, lui et sa progéniture s’étaient réfugiés dans
une vie spirituelle intense, mais aussi suicidaire. Tant il
est vrai que spiritualité sans matérialité n’est que néant.
Que n’avait-ils, lui et ses aïeux tant prié et loué DIEU
pour n’aboutir en fin de compte qu’à cette carence vitale,
qu’à cette famine, véritable misère des pauvres. Que
n’avaient-ils pris le temps de comprendre que : « Comme dans
le Ciel où vit la Terre, il ne peut y avoir de bonheur pour
l’humanité, sans que dans le Spirituel, le Matériel ne
fût ! »
Mais un jour, le temps fût venu…..
.Car cela était inscrit dans l’ordre du Monde, où nos deux
Patriarches se rencontrèrent et se parlèrent. Leur
conversation leur fit ouvrir les yeux et c’est surpris, de
ne pas y avoir pensé plus tôt, qu’ils prirent conscience :
- Que par
une ‘surproduction’ superflue et bien souvent inutile dans
un RICHMOND saturé et par ….la ‘sous-production’ de terres
arides dans un TRISTMOND affamé,
- Que par un laxisme généralisé dans les régions du NORD et
par ….un fanatisme exacerbé dans les régions du SUD,
- Que par la monstrueuse différence entre le « chaumage »,
misère des pays riches et par ….la famine, misère des pays
pauvres, les enfants des deux mondes risquaient de
s’affronter dans un absurde conflit suicidaire et
fratricide.
C’est
alors qu’ils comprirent que leurs forces et leurs faiblesses
étaient en somme complémentaires et que tous leurs problèmes
pouvaient être résolus, si au lieu de s’opposer ils se
rejoignaient. Car ce n’est qu’ensemble qu’ils pouvaient
réaliser l’indispensable et sublime ‘méiose’, si nécessaire
au bonheur de l’humanité.
C’est
ainsi qu’en un temps béni….
Le RICHMOND et le TRISTMOND s’unirent enfin, pour refaire le
MONDE. Un Monde dans toute sa plénitude où les Hommes, enfin
libérés de leurs contingences matérielles, purent forger le
destin spirituel de la Terre. Alors vint pour l’humanité le
temps de la fraternité et de l’amour. C’est ainsi qu’au
début du Troisième Millénaire de notre ère, GAIA, enfin
transmutée, enfin révélée, fut à même de servir le grand
dessein de l’Univers.
Raymond MONEDI
Décembre 2005